Vous recevez une lettre, on vous dit des mots.
Ces mots que toutes les petites filles attendent.
Les phrases emphatiques, enflammées, qui ne s'adressent qu'à vous.
Les expressions toutes faites, un peu sucrées, trop romantiques, mais authentiques,
sincères.
Vous lisez, vous vous dites que tout cela est impossible.
Impossible, mauvaise plaisanterie, ironie du sort, erreur de
candidat.
Les bons mots, l'expression rêvée, la réponse à vos attentes enfantines, mais le
mauvais expéditeur.
Celui-là vous le connaissez, vous l'appréciez, c'est un ami, un merveilleux ami, mais
simplement un ami.
Il ne doit pas vous dire cela.
Parce qu'il n'est pas le bon.
Celui dont vous rêvez, celui dont vous parlez.
Celui qui rempli vos lettres, celui de qui ces mots auraient du
venir.
Ironie cruelle, coïncidence désagréable, surprise grinçante.
Vous voilà dans la position de celui qui blesse. Face à vous: celui dont on n'ignore
rien sauf le coeur. La place que vous avez parfois occupée, vous en connaissez l'inconfort, la peine aussi.
Et c'est à votre tour de dire non.
De dire "c'était presque parfait".
Et dans le "presque" réside la clé de l'intrigue, la réponse au pourquoi de l'autre et
aux vôtres.
Dans ce "presque" tout perd sa saveur, la déception pour l'un, l'attente pour l'autre,
resurgissent.
Dans ce "presque" est la justification de la peine infligée.
Vous le pensiez.
Vous en êtes sûre.
L'amour ne se satisfait pas de compromis.
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